Il y a deux ans Christine.
Tu t’endormais affaiblie par tant de luttes, tant d’efforts, tant de victoires, tant de rechutes, tant de pertes irrémédiables, tant d’années
et de cellules désordonnées qui petit à petit t’ont dévorée, minée, démontée et terrassée, rongeant ton corps, ta féminité, ta volonté, ton intelligence, ta gaité et ton amour : qui tu
étais.
Ce fut ta fin. C’était ta mort.
C’était hier ou avant-hier ; il y a longtemps mais pas tant.
Beaucoup de choses ont changé, indépendamment de ta mort et de son fait.
En deux ans j’ai changé infiniment mais pas tant : réaliste raisonneur, insensible apparent, cynique prompt à la dérision, je reste ;
mais j’ai gagné en humanité et en certitude : celle d’avoir mieux compris qui je suis et d'entrevoir plus clairement ce qui me fait avancer, celle de rester droit, plus solide mais plus
indulgent et plus souple même si les apparences demeurent.
J’ai gagné infiniment en sérénité. De la TV je me suis désintoxiqué.
De notre société et de ses sujets je reste critique et souvent agacé, avec ce mélange d’intransigeance dosée de l’indulgence que ton épreuve
et ta disparition m’ont apportée.
J’ai appris à écouter plus et mieux et à laisser dire sans fléchir et même sans m’énerver quoique le dérisoire et le futile me soient toujours poil à gratter.
Je suis là et je vais bien grâce à toi, à Pandoryana, aux filles, à tes parents, aux amis antipodéens des amibes répertoriées par les réseaux
prétendument sociaux, grâce au soutien de collègues exemplaires dans leur boulot et leur humanité, grâce à mon travail qui me plaît, me pousse, me tire et chaque jour m’apporte quelque chose,
grâce à l’écriture, aux images d’une vie foisonnante qui tient et prospère opiniâtrement malgré nos conneries d’humains et dont les mystères continuent d’être dévoilés dans leur infinie
complexité, toujours plus repoussés et toujours plus complexes, dont les produits s’affichent à ma perception et nourrissent ma pensée et mes sens par mes yeux ébahis d’images toujours aussi
chamarrées, crues, saturées et chargées d’émotion, de sons, de senteurs et d’émerveillement, du paradisier à l’orchidée et de l’ornithoptère à la femelle Homo sapiens, tous et toutes
promus au recyclage par voie transitoire de chairs inertes puis décomposées…
Je ne suis ni déprimé ni triste ni terré ni abattu ni cloitré dans le vide laissé par ton départ. Et je m’interroge et m’attriste de ces personnes qui des années durant restent en pause à rejouer indéfiniment le film du passé jusqu’au claquement de la
bande interrompue par la mort de leur aimé... Je voudrai leur dire que tout est possible et que si le choc et l’à-coup font mal et
chanceler et crier et pleurer et percevoir l'incommensurable vide de l'absence irremplaçable, la lumière ne s’éteint pas avec la mort de celui ou celle-là et que le monde leur tend les bras et
reste vivant et à vivre avec la mort qui en est l'essence. Il n’est point de leçon juste un exemple, ou deux, ou trois… et
plus.
Parfois la nostalgie point, la peine m’envahit, les larmes coulent, le cœur se serre... C'est con me dis-je, nous aurions pu...
Aujourd’hui en ce jour anniversaire de ton départ je me suis vêtu de noir des pieds à la tête, par respect, par hommage, par infinie tendresse
et par admiration pour ce que tu me donnas et ce que tu fus, par la force que tu déployas et par cette voie que tu me montras, que nous partageâmes et parcourûmes, pour Mélusine et Océane que tu
portas et qui te portent, pour ton amour qui me mena à Pandorryana, elle-même guidée par un autre qui lui montra et lui donna la pareille.
L’amour, le tien, transfusé, soigneusement protégé et infiniment nourri, n’a pas failli et reverdi.
Ton herbe est verte, des senteurs et des couleurs provençales t’accompagnent et les insectes amis sont avec toi.
Cela fait deux ans que tu es partie. Ainsi va la vie. Parfois et souvent je t'oublie et tu n'es plus à mon conscient. Qu'importe puisque que
tu es mon inconscient !
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Mois & suivante : 14 Septembre
Bonsoir Everes,
Quelques mots, à quelque chose pres les mêmes que ceux envoyés à Pandorryana.
Comme vous Aujourd hui est un jour où je me rappelle , aujourd hui est un jour de funeste anniversaire...
Un jour où je n ai pas envie de sortir , de voir qui que ce soit , un jour où dormir représente le seul refuge et encore...
Vous l avez compris aujourd hui cela fait deux ans que Carole est partie...
J'ai vu sur votre site que cet anniversaire était au mois de Juillet , et en le lisant j ai compris que je souffrirai bientôt .
"Je suis peut être de ces personnes qui "des années durant restent en pause à rejouer indéfiniement le film du passé..."
Mais c est peut être que dans la solitude qui est la mienne , mon seul repère de bonheur demeurre dans le passé...
En fait dans ces moment là je ne sais plus très bien quoi penser ou qui je suis... mon égo se meurt , mon insconscient devient ivre et n a même plus la force de m imposer ses névroses, je ne ressens plus rien qu une dérive mélancolique qui fait couler mes yeux.
Les amis m appellent , me demandent à sortir , mais je décline les offres les unes apres les autres,
En fait j ai besoin d en prendre encore plein la gueule pour passer le cap , de me réveiller le matin en pleurant de me sentir comme un chien errant dans mes journées et comme un tirroir vide le soir venu.
L an dernier un mois durant , cette année quelques jours .
Est ce un progres ? mais peut on employer ce mot ?
Certaines de mes nouvelles relations n'ont pas connu de deuils ni Carole, avec d autres je sens des tabous , des peurs de souffrir ou de me faire souffrir à l évoquer...
Au bout de tout cela un isolement à ces dates douloureuses qu'ils soient anniveraires ou Noël... et où une douce musique toujours la même "billet doux" dans une version de Django reinhart me replonge dans ses bras l espace d une danse et d un moment de nostalgie qui me mort au sang.
l'émotion grandissante , je n y vois plus rien ...
C est donc l esprit qui reprend toute la place, Une pensée pour Christine et une autre pour Carole pour ces femmes cheres à nos coeurs.
A bientot Everes à l évidence...